12/01/2010

ATELIER D'ÉCRITURE 001




Aujourd'hui, j'ai participé à un atelier d'écriture. Dorénavant j'irai à peu près une fois par mois me frotter aux écrits des autres, et apporter les miens à notre cuisine littéraire collective. J'avoue que j'avais très peur en y allant car je n'avais aucune idée de ce que je serais capable de pondre, comme ça spontanément, en improvisation. Maintenant je suis soulagée et contente parce que ça marche, et que l'expérience a été très stimulante. J'ose donc vous poster quelque bouts de textes que j'ai improvisés tout à l'heure.

Consigne : (à faire chez soit avant la séance) écrire un texte sur le thème de la clef.
J’ai séché jusqu’au dernier moment, c’est à dire une heure et demi avant l’atelier, et j’ai terminé le texte dans le métro. Coup de chaud ! Merci au Pérugin…
LES CLEFS  DU PÉRUGIN
     Comment ces clefs pourraient-elles exister, matériellement ? Comment pourrait-on imaginer les clefs du Paradis ? L’objet qui, au seuil de l’infini, nous permettrait d’y entrer ? Comment même visualiser cette porte, architecture fantasmatique, l’essence de la porte, la porte première, l’entrée transcendée ?
     Ici tout semble assez anecdotique : un petit temple qui ressemble à un baptistère dans le style d’Alberti, entouré de deux arcs de triomphe précédés d’une grande place pavée de dalles blanches carrées, assez peuplée et animée. Au premier plan Jésus confie les clefs du Séjour des Morts à Simon-Pierre. Ils sont entourés d’une assemblée d’apôtres et de disciples qui ressemblent plus à des notables Toscans qu’à des brebis de Dieu. Ils occupent toute la largeur de la fresque.
     Mais ne nous y trompons pas. Tout ce qui d’abord nous avait paru anecdotique, a sa place dans l’architecture complexe de la vision du Pérugin. À commencer par les clefs, ces deux grosses clefs placées dans l’axe de la porte qu’elle doivent ouvrir. Elles désignent la ligne imaginaire sur laquelle repose toute la symétrie de l’image, cette géométrie parfaite au travers de laquelle se manifeste le principe divin de l’œuvre : seule la rigueur mathématique nous permet de pouvoir représenter, non pas l’irreprésentable Jardin, mais son seuil sacré, celui-ci ne pouvant être saisi que par des conceptions abstraites.
     Le Jardin lui-même reste invisible. C’est l’au-delà, présenté littéralement dans cette image : au-delà de la place, de l’entrée monumentale et des arcs jumeaux, seuls quelques arbres, quelques monts, dépassent à l’horizon, mais le mystère reste entier, le Jardin désirable, la curiosité piquée.
     La clef nous apparaît ainsi comme la pomme d’Adam, l’objet qui stimule l’envie de savoir, la soif de connaissance, elle est principe d’action car c’est elle qui ouvre les portes et qui pousse à les franchir. La condition est de les posséder. La question devient donc : « possédons-nous nos clefs ? Possédons-nous les clefs, et si nous les cherchions, les avons-nous trouvées ? »
     Mais si elles ouvrent les portes, elles les ferment aussi. Et si Jésus choisit Pierre comme portier du Paradis, il choisit de rendre le Jardin à nouveau accessible après sa désertion par le couple originel, mais pas à tous. Pierre à son tour devient l’heureux décideur car c’est lui qui nomme les Élus et condamne les Perdus.
     C’est alors le premier Pape qui possède les clefs de nos destins. Il conviendrait d’en faire des doubles, chacun le sien, pour accéder à l’autonomie et pouvoir cesser d’êtres agis. Nous passerions alors les paliers de nos vies en pleine conscience.



Consigne : écrire un texte en 10 min à partir de cette phrase :
« L’homme ne descend pas du singe, il descend de la poule. »
En somme, c’est un coq.
L’homme picore quelques miettes de vérité au ras du sol, et il croit qu’il a a touché au sens de la vie, il vole jusqu’au sommet d’un cailloux et pense avoir conquis l’espace infini, il braille au lever du soleil et il croit commander aux astres.
Le singe, son faux jumeau, ne fait rien de tout cela :
Il mange des racines, grimpe à la cime des arbres, et sait crier quand il le faut, mais lui a le « senti ». Si l’homme retrouvait le chemin du « senti », peut-être deviendra-t-il un jour… un singe.


Consigne : écrire un texte en 15 min à partir de cette phrase :
« Atlas, monstre comique, était un homme en proie à un interminable cauchemar. »
Qu’il dorme ou qu’il veille, son cauchemar restait ici, caché dans l’ombre. Son cauchemar lui ressemblait, c’était un monstre comique, un alter égo solitaire qui ne le quittait plus de peur de disparaître et d’être abandonné. Il hantait donc la vie d’Atlas, qui à son tour hantait celle des autres en donnant à qui le croisait son épouvantable numéro de clown triste. Et derrière lui sans cesse, il sentait la présence de son cauchemar tapis dans l’ombre d’un mur, dans l’ombre d’un passant, dans l’ombre de sa main. Son cauchemar et lui-même allaient ainsi leur chemin, s’effrayant l’un de l’autre, mais dépendants, enfin.

Un petit croquis rapide fait vite fait pendant l'atelier alors que j'avais fini un peu avant la fin du temps imparti :



Consigne : nous devions bien regarder quelques photos qui étaient disposées sur une table, en choisir une, s'en faire une image mentale, puis elles nous étaient retirées et nous devions les décrire en 10 ou 15 min.
La lumière qui fait scintiller la mer aperçue par la fenêtre ouverte, pose un rayon sur une table un peu sale, qui pourrait être celle d’un bar PMU Corse un matin. L’espace saisi par le photographe reste énigmatique car très partiel. Les pans de murs, la table, et même la mer sont coupés les uns par le cadrage du tirage, l’autre par celui de la fenêtre. Ce qui nous est révélé, l’est par un filet de lumière directe qui laisse dans l’ombre une grande partie de la scène. Pas de hasard dans ce qui nous est donné à voir : notre œil, d’abord attiré par la fenêtre ouverte sur un extérieur éblouissant, se pose ensuite sur les deux cendriers en verre. On ne fait pas tout de suite attention à la table sur laquelle ils sont posés, puis on regarde l’ensemble, et on revient au seul autre élément notable de l’image : un signe « interdit de fumer » imprimé ou collé sur cette table, la même qui supporte les deux objets, qui prennent alors tout leur sens incongru. L’intension devient alors une invitation à la liberté, à la licence, à la transgression et à l’insubordination.


Consigne : il fallait qu’ensemble nous créions un personnage en lui donnant à tour de rôle une caractéristique physique ou spirituelle, puis nous avions 15 min pour le placer dans une situation.
Un homme, de 30 ans, très grand, drôle, égoïste, étranger, vit seul, homosexuel, s’appelle Sacha, Russe.

Sacha est en peine. À l’apogée de son succès, il sèche. Il a beau chercher, chercher, il ne trouve plus rien à dire. Jusqu’à présent il n’avait jamais éprouvé le moindre mal à être drôle. Les anecdotes amusantes, les situations grotesques, enfin les bonnes blagues, lui venaient toutes seules, comme soufflées par les anges. Chroniqueur radio, il écrivait des sketches qui faisaient rire tous les matins des millions d’auditeurs dans les foyers des familles Russes… jusqu’à aujourd’hui, jour funeste de la panne. Seul à son bureau, il rumine. Tout lui avait réussit jusque là : sa grande taille lui valait le respect de tous, son humour lui assurait une côte de popularité à faire pâlir d’envie les politiciens de tous bords, et sa vie amoureuse, faite de butinages toujours satisfaits par ses nombreux admirateurs, l’avait toujours contenté. Mais maintenant il se sent seul, et si son imagination le quitte, il ne saura que faire. Pauvre Sacha.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Merci au Perugin pour traduction sublime du parallaxe-seconde, et merci à toi pour ton œuvre.